C’est pas pour me vanter, mais je crois bien que je dois en grande partie ma vocation d’humoriste à un prof de philo, ami de mon père. Appelons-le M.
Bémol, pour ne pas révéler son véritable patronyme (dont j’ai oublié l’orthographe, mais qui était homophone de bécarre). Ce monsieur avait entre autres particularités d’être de
droite (à l’époque c’était rarissime pour un prof de philo), comme mon père, et de discourir continûment de choses plus ou moins intéressantes pour moi qui devais avoir à peine douze ans. Il
advint qu’en au moins deux occasions je dus constater qu’il restait imperturbable après que j’eus énoncé une plaisanterie. La première n’était pas de moi : nous arrivions en sa compagnie au
bord d’une plage, et je lançai : « On sent la mer d’ici ! » La seconde fut une réponse qui, jaillie de mon esprit pourtant passablement abruti par les circonstances
– un repas offert par mes parents à M. et Mme Bémol, auquel j’étais tenu d’assister –, sur le moment me parut
désopilante (du reste je me laissai pour ma part gagner par les secousses d’une bonne hilarité), une réponse, donc, à la question qu’il venait de poser à mes sœurs et à votre serviteur (ainsi
peut-être qu’à ma pauvre mère) : « De quel arbre extrait-on du sucre au Canada ? » Moi : « Du pin. » Lui : « Ah mais non, pas du tout ! »
Moi : « Ben si, parce que le pin, ça sucre. » Lui : rien, mais alors rien du tout, le temps d’une pause, le temps d’afficher un air renfrogné, avant de nous livrer doctement
la bonne réponse.
M. Bémol, ne pas vous avoir amusé, mais m’être fait tant – et d’autant plus – rire moi-même, voilà qui m’a énormément plu ! Quelque 45 ans plus tard, je continue à dire et écrire des
inepties que j’ai l’effronterie de trouver drôles, et dont je sais que des gens de votre sorte n’admettront jamais, ou ne laisseront jamais supposer qu’ils pourraient admettre, qu’elles ont
autant de valeur, en vertu de leur drôlerie justement, que la morne et plate réalité. (Où l’on entrevoit une possible définition de l’humour…)
Et merde aux érables.
Bises à toi.
La langueur
C’est la mesure de la mélancolie en long et en large.
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Initiation au christianisme (suite)
Maintenant, on arrête de piétiner le gazon humide. On court très très vite, et, sans jamais s’arrêter de courir, on saute de nénuphar en nénuphar.
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Docteur, j’entends des voies
Tout le monde déraille de temps à autre. Tant qu’on ne se prend pas pour un train, ce n’est pas grave.
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La prochaine fois on parlera des vaches, pour changer
Le cheval est la plus noble conquête de l’homme, mais au Scrabble c’est plutôt le zèbre.
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T’avais raison, il parle des vaches, maintenant
Les vaches regardent passer les trains, et c’est ça qui énerve le taureau.
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Avoir la tête sur les épaules
Se dit de quelqu’un qui ne se prend pas pour une girafe.
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Erreurs de calcul célèbres
La Sainte Trinité, c’est encore plus fort que les Trois Mousquetaires.
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Un philosophe
C’est quelqu’un qui a compris des choses, mais pas la façon de les expliquer simplement.
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C’est pourquoi les radis s’enterrent
La salade est verte pour dire aux limaces qu’elles ne sont pas obligées de s’arrêter.
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Nature et culture
Quand le vent est très fort, il peut feuilleter un livre au passage.
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Impression de voyage
Quand on a fait un rond-point, on les a tous faits.
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Le retour de l’escargot
Déjà ?
© Pierre-René Legrand, Amuse-gueules
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